Robert Mazlo

Joaillier auteur

Né à Beyrouth en 1949, Robert Mazlo se rêve d’abord écrivain. C’est donc avec une ferveur toute adolescente qu’il décide d’entrer en joaillerie comme on entre en religion, avec la ferme détermination d’apprendre un métier « véritable », seul moyen selon lui de nourrir sa passion pour l’écriture.

Mais l’attrait exercé par la joaillerie, cet art « complet »,  comme il se plaît à le qualifier, ne devait plus jamais le quitter. Car cette alchimie de pierres et de métaux, certes fondée sur une discipline tatillonne, peut aussi se révéler un fabuleux support de narration. Et pour donner vie et forme à ses histoires, ce conteur invétéré ne pouvait rêver plus belle tribune que le bijou, authentique livre d’images, placé au plus prêt du corps et offert à tous les regards…

Initié dans un premier temps à l’art délicat de la joaillerie phénicienne, Robert Mazlo quitte le Liban pour étudier la joaillerie classiqueà l’Istituto Benvenuto Cellini de Valenza-Pô, en Italie du nord.

Paradoxalement, lorsqu’il sort en 1972 de ce temple de la tradition, c’est en major de sa promotion et auréolé du titre de Maestro d’arte grâce à un bijou hommage à Duchampaux allures de ready-made, réalisé à partir de circuits électroniques.

Pied de nez à la fois tendre et insolent au conformisme de ses professeurs et déjà, chevillée au corps, cette volonté de bousculer le carcan d’une joaillerie selon lui prisonnière de schémas esthétiques désuets et ennuyeux…

Auteur avant tout, mais guidé par le respect du Métier et conscient de la valeur initiatique du travail de joaillerie, Robert Mazlo a toujours refusé de sortir du cadre défini par son medium. Pour lui, la matière précieuse est un adversaire de taille qu’il s’agit d’apprivoiser. C’est à ce prix, celui de la maîtrise des techniques, que peut naître l’oeuvre d’art véritable, par delà les clivages existant entre art et artisanat.

En restant dans ce cadre rigoureux et exigeant fait de discipline et de surprises (la réaction de la matière  est toujours incertaine, aléatoire), Robert Mazlo tente de repousser les limites de la joaillerie. Il y instille la richesse de son imaginaire et son amour infini pour l’Art, n’hésitant pas à ponctuer ses œuvres de références aux maîtres qui ont forgé sa sensibilité d’artiste.

« Ce sont les soixante quinze premières années
de la vie d’un artiste les plus dures à passer »…

Villon-Duchamp (1875-1963)

Tout en s’inscrivant dans la tradition joaillière (pierres précieuses de taille ancienne, textures complexes et sophistiquées, alliage d’or vert), ses oeuvres associent sans souci de hiérarchie des matériaux bruts et raffinés, des éléments hétéroclites, précieux ou antiques, profanes ou religieux. Cet adepte de l’art de l’assemblage détourne et recycle des fragments de bijoux cassés ou abandonnés, pour donner vie à des oeuvres esthétiquement hybrides, doublées d’une dimension symbolique, où l’homme comme le bijou ne sont que les maillons d’un recyclage perpétuel.

Pour Robert Mazlo, il ne s’agit donc pas tant de révolutionner la joaillerie et de briser des idoles que de renouer avec ses fondamentaux. D’essayer de dresser une passerelle entre ses contemporains et la valeur sacrée du bijou, ce talisman éternel, porteur de toutes les significations.

Céline Robin

Curatrice d’exposition

Sept Vies…